Viviane Janouin-Benanti

La Séquestrée de Poitiers

Une affaire sans précédent

Vous aimez les histoires vraies ? En voici une incroyable, autour de deux êtres attachants au possible… Fin mai 1901, des journalistes de toutes les régions de France déferlaient sur Poitiers. À la suite d’une dénonciation anonyme, on venait de découvrir une femme squelettique, entièrement nue, poussant des cris inarticulés, dans une chambre aux volets cadenassés, de l’hôtel particulier de la veuve de l’ancien doyen de la Faculté des Lettres. C’était la fille de la maison, sœur d’un ancien sous-préfet qui habitait en face. Une affaire judiciaire impensable – une femme séquestrée vingt-cinq ans durant – venait d’éclater. Elle allait occuper l’opinion jusqu’au procès. Trente ans après, l’événement était encore dans toutes les mémoires et André Gide écrivit le compte-rendu du procès dans Ne jugez pas (1930)..

Alors que le centenaire de l’affaire a été célébré, j’ai décidé de relater l’histoire de Blanche, la séquestrée. C’est l’histoire de deux familles rivales de Poitiers, celle du doyen de la Faculté de Lettres, le père de Blanche Monnier, catholique et royaliste et celle de la famille Lomet, avocats républicains protestants.

La toile de fond historique est très forte. Dans cette France du 19e siècle où les royalistes se battaient de toutes leurs forces pour conserver le pouvoir et où les républicains s’emparaient à leur tour des rênes du pays, un homme, Gilles, le fils d’un avocat républicain protestant et Blanche, la catholique, fille du doyen royaliste, s’aimèrent en dépit de tous, malgré l’acharnement du doyen et de sa femme, résolument opposés à cette union, au point qu’ils finirent même par séquestrer leur fille

C’est une photo de Blanche prise le jour où elle a été découverte par la police qui m’a poussée à écrire sur cette affaire. Quand je faisais mes études de Droit, nous avions étudié les arrêts du procès de la séquestrée. Je me disais à l’époque que c’était une affaire incroyable, et je voulais la connaître, aller au-delà des arrêts.

Le drame de Blanche Monnier est indissociable du climat politique de l’époque. Si Paris était acquise aux idées républicaines, il n’en était pas de même en province. Petit à petit les nouvelles idées font leur chemin, mais la route est cahoteuse et si certains royalistes sont progressistes, d’autres s’enferment dans leurs convictions et c’était le cas des parents de Blanche, pour son plus grand malheur.

L’histoire commence au milieu du XIXe siècle à Poitiers. Blanche est la fille de Martin et d’Henriette Monnier, qui ont déjà un fils Honoré. Les événements nationaux se répercutent sur le Poitou : la deuxième République, le Second Empire, la guerre de 70, la Commune, la IIIe République, les réformes républicaines, dont celles de l’enseignement, le scandale de Panama…

Les ambitions du père, de la mère et du frère vont s’opposer au bonheur de Blanche. Martin Monnier va aller à Paris préparer sa thèse. De retour sur Poitiers il va vouloir devenir doyen de la faculté de Lettres en s’appuyant sur les monarchistes. Sa femme va servir cette ambition. Le père de Blanche va préférer sa carrière au bonheur de sa fille. Honoré, le frère de Blanche, brigue un poste de Préfet après sa thèse de droit. Il ne sera que sous-préfet, la victoire des républicains brisera sa carrière. Dans cette affaire, sa seule excuse sera d’être très loin de Poitiers lors de l’affrontement de la mère et de la fille. Car avant d’être brisée par sa mère Blanche va lutter et ruser pour vivre son amour avec Gilles.

Poitiers n’est pas Vérone, mais c’est la même tragédie que dans le drame de Shakespeare qui sépare les amoureux. La fin, dans cette histoire réelle, sera plus lâche et plus révoltante.